Mots-clefs

, , , ,

Bonjour,

Après quelques petites modifications dans l’organisation de mes chapitres, voici un extrait mis à jour. Il se situe à la moitié du roman et coïncide avec une période de remise en question de mon personnage principal, Estelle.

J’attends vos commentaires avec impatience ^^

A bientôt.

Aloïsia.


(…)

Ainsi sept mois plus tard, ma vie avait basculé. Cela faisait très précisément sept mois et trois jours qu’Éric était entré dans ma vie. Et en cet instant il me manquait terriblement. Suite à un récent licenciement il était parti en formation en région parisienne car il avait souhaité se reconvertir professionnellement. Il avait donc entrepris de s’orienter dans les métiers de l’informatique. Bien évidemment, je cherchais encore à comprendre les éléments déclencheurs de cette situation que je trouvais digne d’un bon Marivaux. A presque trente ans, je travaillais toujours dans la même entreprise passant de service en service, j’étais devenue au terme de dix ans d’ancienneté l’assistante du directeur de la communication. Je m’étais mariée en 2006 avec Paul, au terme de deux années de vie commune et moins d’un an plus tard naquit notre fils Elliott. Tout allait bien jusque-là, ou du moins je m’efforçais de le penser car comme de nombreux couples, nous avions un certain nombre de dissensions, dont certaines avaient laissé place à de la rancœur. Je me sentais à cette époque terriblement seule, isolée de mes anciens amis, piégée dans une histoire d’amour qui me faisait souffrir, souffrance que je ne pensais pas être prête à accepter ni à surmonter.

workstation-405768_640

Ma vie avait pourtant pris un nouveau tournant en avril 2010, lorsqu’un incendie se produisit sur mon lieu de travail. Suite à une défaillance, un tableau électrique s’était embrasé et le feu s’était propagé à la zone de stockage située à proximité. L’ensemble du personnel fut évacué et se regroupa dans la cour en attendant l’intervention des pompiers. Très vite nous vîmes de flammes lécher la toiture du bâtiment. Incrédules, nous nous regardions les uns les autres en nous demandant ce que nous allions devenir. Vu la situation, il était quasiment certain que nous serions tous mis en chômage technique. Le lendemain de cet accident, nous fûmes réuni par la délégation unique du personnel, accompagnée des représentants locaux de la CGT dans la cour de l’usine. La direction avait décidé l’arrêt total de la production le temps que les dégâts puissent être réparés et nous incitait à nous montrer patients. Dès lors, tout s’était rapidement enchainé : les tensions entre salariés s’étaient évanouies comme par enchantement, nous étions tous solidaires. Nous décidâmes de nous réunir le plus souvent possible, d’une part pour nous tenir informés de l’avancée de l’expertise puis des travaux mais aussi pour nous occuper l’esprit. Le réfectoire de l’usine avait été mis à notre disposition comme bon nous le semblait. Certains s’occupaient en préparant des crêpes, gaufres et toutes sortes de plats pour le bonheur des papilles des collègues. Les autres étaient attablés à discuter ou jouer aux cartes. Quelques-uns, comme moi, naviguaient d’un groupe à l’autre en essayant de tuer le temps et de trouver quelque chose à faire pour se rendre utile.

factory-1014684_640.jpg

Un jour trois de mes collègues et moi-même avions décidées de nous asseoir dehors pour discuter malgré le froid mordant – inhabituel en ce début mai. Je m’installai sur un banc près d’Éric, un jeune homme que je croisais de temps à autre lorsque je descendais vérifier les stocks dans l’atelier mais à qui je n’avais jamais adressé la parole. Il était occupé à lire le journal et ne prêtait aucune attention à ce qu’il se passait autour de lui. Je doutais même qu’il nous ait remarquées. Un article du journal ayant attiré mon attention, je commençais à lire par-dessus son bras, ce fut notre premier contact. Plus tard dans l’après-midi, je le retrouvai dans le réfectoire et tout en nous servant un café nous entamâmes la conversation. C’est fou comme l’on peut croiser une personne dans le cadre professionnel et ne jamais trouver le temps de lui adresser la parole, me fis-je la réflexion. Certes je l’avais toujours trouvé séduisant, mais j’étais en couple et n’avais jamais songé à l’aborder, même pour une banale conversation.

Je fus agréablement surprise par le bref échange que nous avions eu ce jour-là. Depuis une semaine et demi que nous avions cessé le travail, je bouillais intérieurement, stressée par l’éventualité de la perte de mon travail et blessée par le fait que mon mari ne me soutenait pas davantage. Je trouvais donc dans l’attitude d’Éric le calme et la douceur dont j’avais besoin pour surmonter cette épreuve. Quand quelques semaines plus tard, on nous annonça la reprise partielle du travail, je perdis de vue mon nouvel ami. Seul le personnel administratif avait été autorisé à réintégrer les locaux afin de traiter les dossiers laissés en suspens et prévenir l’ensemble de la clientèle d’une reprise imminente de l’activité. Cela ne m’empêcha pas de penser quelquefois à Éric et d’en venir à souhaiter faire plus ample connaissance. Paul, quant à lui, me reprochait le fait de faire partie de la minorité de personnes à reprendre le travail, que nous avions perdu plusieurs semaines de salaire pour rien, les indemnités pour chômage partiel tardant à être versées. J’étais atterrée par sa réaction, comment pouvait-il me reprocher l’accident qui avait eu lieu ?

heart-486593_640

Début juillet l’atelier avait été réaménagé entièrement de façon à ce l’activité puisse redémarrer. La zone de stockage portant les stigmates de l’incendie était désormais interdite d’accès. Alors que je traversais l’usine pour revenir à mon bureau, je croisai Éric dans une allée. Mon cœur eu un sursaut. Nous échangeâmes quelques banalités et je reprenais mon poste, troublée. Je m’efforçais de me raisonner : il ne s’était rien passé de particulier entre nous, et ce matin-là il n’avait fait que me dire bonjour. Quelle idiote je faisais de rougir pour si peu. Par ailleurs, l’idée même qu’il aurait pu y avoir plus aurait dû me faire fuir à grandes enjambées. J’étais mariée, voyons ! Mais ce ne fut pas le cas. Plus j’essayais de me raisonner, plus j’y pensais et plus j’avais envie de percer le mystère. Aussi, un soir j’en parlais à mon amie et collègue Eugénie, elle qui le connaissait à l’extérieur de l’entreprise pourrait m’en apprendre plus sur lui. J’espérais qu’elle me dise qu’il était en couple et heureux en ménage, avec des enfants, cela aurait apaisé mon esprit. Ce fut l’effet inverse. J’appris qu’il était célibataire, qu’il vivait encore chez ses parents et que c’était un éternel romantique qui attendait après la femme de sa vie. Côté caractère, Eugénie me décrivit quelqu’un de calme, attentionné, sérieux et timide. Comment résister à ce portrait lorsque l’on se sent délaissée au sein de son couple. Malgré tout, je décidai qu’il me fallait oublier Éric, il s’agissait sans doute d’un coup de cœur passager, cela passerait avec le temps. Quant à mes allées et venue dans l’atelier, je reléguais les tâches qui les nécessitaient sous une pile de dossiers et me consacrais à d’autres travaux.

Alors que je pensais que ma raison l’avait emportée, un matin d’août, je le vis franchir la porte de mon bureau. Je m’empourprai tout à coup lorsque je compris qu’il allait assurer un remplacement dans une zone de l’usine qui se situait juste de l’autre côté de ma porte de bureau, et donc que j’allais être amenée à le croiser pendant les deux semaines à venir. Le soir venu, je parlai de mon trouble à Eugénie, qui devint peu à peu ma confidente sur le sujet. Ma vie personnelle était déjà suffisamment compliquée entre les sautes d’humeur de mon époux et les difficultés financières liées à sa période de chômage et à ma récente perte de salaire. J’avais besoin d’un soutien extérieur qui me permettrait d’y voir plus clair au milieu tous ces sentiments confus. Néanmoins, plus je discutais avec Eugénie, plus mon trouble grandissait, comme si par ses propos si élogieux envers cet homme que je ne connaissais pas, elle me poussait inconsciemment à vouloir en découvrir davantage. Après une réunion de communication interne au cours de laquelle je dû prendre la parole, Eugénie me confia qu’Éric ne m’avait pas lâché du regard. J’en fus ravie et aussitôt gênée de ressentir cette attirance pour lui.

Les jours qui suivirent furent l’objet d’une anxiété grandissante lorsque nous apprîmes que l’accident rencontré en avril avait immanquablement fait chuté de chiffre d’affaires de la société, qui envisageait de ce fait de licencier. Afin de pallier au stress ambiant, je pris l’habitude de revenir plus tôt au bureau après ma pause déjeuner, dans le seul but d’aller discuter quelques instants avec Éric. Malgré la tension autour de nous, il semblait toujours calme et serein, et cela me faisait un bien fou. Cédant à la tentation de percer le « mystère Éric », je me proposai mentalement d’essayer de garder le contact, quoiqu’il puisse arriver sur le plan professionnel. Puisque sa présence me permettait de gagner en sérénité, je ne voyais pas d’inconvénient à devenir son amie. Quelques jours plus tard, je sautai le pas et décidai de lui remettre mon numéro de téléphone. Ainsi le vendredi suivant, alors que je réalisai un inventaire dans l’atelier, je pressai Eugénie de lui demander de passer me voir avant de partir. Je ne me doutais pas qu’il viendrait me trouver sur le champ, et ce fut toute gênée que je lui tendis le post-it où était inscrit mon numéro de portable ainsi que mon adresse email. Je pensais alors qu’il allait se moquer de moi, mais telle fut ma surprise lorsqu’il le mit dans sa poche en me remerciant. Il eut le tact de ne pas l’ouvrir devant les quelques personnes présentes. Je continuais donc mon comptage comme si de rien n’était. Ce midi-là, alors que retentissait la sonnerie indiquant la fin du travail et par la même occasion le début du week-end, Éric vint à ma rencontre et me tendit avec un large sourire un morceau de papier sur lequel était inscrit son numéro de téléphone.

heart-718288_640.jpg

J’étais heureuse de voir que lui aussi souhaitait garder le contact. J’allais aussitôt retrouver Eugénie et lui racontait la scène. Elle me dit de sauter sur l’occasion et de lui envoyer un sms pour instaurer le dialogue. Je lui répondis que je n’oserai jamais, de peur qu’il se méprenne sur mes motivations. Comme je ne travaillais pas cet après-midi-là, j’essayai de m’occuper des tâches ménagères cependant mon esprit ne me laissait pas en paix. Je repensais sans cesse à ce que m’avait conseillé Eugénie. N’y tenant plus, j’envoyai un sms à Éric : « Salut, ça te dirait d’aller boire un verre un de ces quatre, histoire de faire plus ample connaissance ? ». J’avais l’impression d’être retombée en enfance ou bien à l’époque du collège où l’on connaît ses premiers émois.  Je pensais malgré tout que je n’aurais pas de réponse ou qu’il se moquerait de moi, comme l’avaient bien souvent fait les hommes vers lesquels je m’étais tournée dans le passé. Mon téléphone sonna peu de temps plus tard, je lu le message « C’est une très bonne idée ». On se donna rendez-vous l’après-midi même à quinze heures. Je m’extasiais comme une adolescente qui venait de décrocher son premier rendez-vous. Aussitôt je fonçais dans la chambre afin de trouver une tenue adéquate. J’optai pour une robe légère en coton gris assorti de leggings pour cacher mes rondeurs. Je me remaquillais en me demandant si le courant allait passer et si je trouverai un sujet de conversation intéressant.

J’arrivais en avance au rendez-vous. Anxieuse, je me demandais de plus en plus si c’était une bonne idée. Je n’avais jamais parlé à mon époux de cette amitié naissante, de peur qu’il m’exhorte de cesser immédiatement tout contact. Je ne cherchais pourtant pas à avoir une relation extra conjugale, j’étais fidèle par conviction et tenais à respecter les engagements pris lors de notre mariage. C’est vrai que notre couple allait mal ces derniers temps, depuis que Paul avait perdu son dernier emploi notamment. Il était régulièrement taciturne, ne supportant pas que les autres réussissent autour de lui alors que lui-même ne parvenait pas à garder un emploi stable. Je savais pertinemment que cette situation était liée à son caractère. Il était très doué dans son travail, dans mains en or selon l’expression, malheureusement il avait un caractère de cochon, n’acceptant les remarques de sa hiérarchie que si cette dernière était capable de lui prouver sur le terrain la possibilité de telle ou telle action. Il voulait systématiquement leur prouver – parce que lui était sur le terrain – que leurs directives n’étaient pas réalistes et que de ce fait son idée – et uniquement la sienne – était réalisable. Ce type de comportement était parfois toléré cependant cela n’empêchait pas Paul de toujours chercher l’affrontement avec ses chefs, ce qui finissait toujours par un licenciement. Après quelques mois difficiles et à force de recherches sur Internet, j’avais pu dénicher un nouvel emploi à mon époux. Il s’agissait d’un poste de responsable d’atelier chez un fabricant de meubles cette fois-ci, aussi j’espérais que le fait de monter en grade et d’avoir du personnel sous sa responsabilité lui permettrait de prendre du recul sur son comportement professionnel et personnel. Une nouvelle chance lui était accordée.

à suivre

Publicités